lundi 28 janvier 2013

Liberté motrice

 
La liberté motrice et nous, ça a commencé sans qu'on s'en aperçoive. Si, je vous assure. Je me souviens, Antonin avait 4 mois, et en jeune Maman consciencieuse, je l'emmenais chez la pédiatre tous les mois (! *). Et cette fois-là, je me suis faite enguirlandée parce que le Damoiseau, posé sur le ventre par le médecin, avait eu l'air légèrement surpris (et très vexé) et que ses piètres tentatives de redressement n'avaient pas du tout convaincu la Dame.

"Mais il faut le mettre sur le ventre !", m'avait-elle expliqué. "Sinon, il ne se redressera jamais !!"

Ah ? Bon. Personne ne nous l'avait jamais dit, voyez-vous, et les livres de puériculture que nous avions essayé de lire nous avaient tant ennuyé que nous n'avions pu les mener à bien. Alors, bon. Si la Dame le dit... Nous avons mis Antonin sur le ventre, quelques minutes par jour, histoire qu'il "s'entraîne". Nous ne le "sentions" pas, mais nous, hein, nous ne sommes que des parents, on ne sait pas, n'est-ce pas ?

Quatre jours plus tard, je découvrais L'éveil de votre enfant de Chantal de Truchis. Tiens, c'est drôle, en fait, il existe des manuels de puériculture qui sont absolument passionnants. 

Et nous avons cessé de placer Antonin sur le ventre.


Louiselle, quant à elle, a hérité de tout notre cheminement : elle ne connait ni lit à barreaux, ni transat, et le parc n'a servi qu'à la protéger des caresses trop brutales de son frère pendant les premiers mois de sa vie ; dès qu'elle a su "faire l'horloge" (et se défendre), nous l'avons ôté. Comme nos enfants sont d'âges rapprochés, notre appartement est resté tel que nous l'avions aménagé pour Antonin quand il commençait à toucher à tout. Je dois avouer que nous nous posons beaucoup moins de questions pour la Damoiselle, tout parait tellement plus simple à présent...


Simple ? Non, en réalité, pas vraiment. Chaque nouvelle acquisition motrice apporte sa gageure. "Élever" un enfant ne serait pas le voyage intérieur que cela est, sans cela, n'est-ce pas ? Tenez, par exemple : depuis peu, Louiselle a appris à entrer et à sortir de son lit. Elle s'y entraîne toute la journée avec beaucoup de plaisir. Mais voilà : du coup, quand elle estime que nous la couchons trop tôt, elle se relève. Confinés tranquillement dans notre chambre, nous voyons soudain notre porte, restée entrouverte, s'ouvrir en grand, et nous entendons le petit "pata-clop, pata-clop" du quatre-patte contre le parquet... Nous nous penchons... La Damoiselle est là, silencieuse et attentive, la bouche en bouton de rose, qui expire avec bruit en signe de mécontentement ("Ah, vous pensiez vous débarrasser de moi ??") et les yeux bien ouverts...

Alors, oui, je ne dis pas : on tâtonne, partagé entre la fierté ("Elle sait en faire des choses, quand même, notre fille, quelle autonomie !" ) et l'agacement ("Mais c'est-y possible d'avoir 5 minutes à soi dans cette maison ??"). Nous la recouchons, plusieurs fois ; parfois Louiselle décide de se plaindre sans bouger de son lit, notez-le. Et parfois elle en sort sans  se plaindre... ;-) Nous nous adaptons. Pas de recette miracle. Certains soirs de grosse fatigue, nous barricadons son lit de coussins (mais il est rare que cela la bloque pour de vrai) ; d'autres soirs, je m'allonge près d'elle, ou la berce. Parfois même, nous la laissons pleurer seule cinq minutes, parce que oui, il y a des soirs où on a l'impression de ne pas avoir dormi depuis 10 nuits (mais est-ce vraiment une impression ?), et d'ailleurs, si vraiment elle a besoin de nous venir nous voir, elle le peut, à présent, n'est-ce pas ? Et il y a aussi de ces jours où la Damoiselle y met de la bonne volonté, s'endort comme un ange et s'éveille de même, et durant lesquels on est sûr d'avoir fait le bon choix... Et ces jours où NOUS, parents, y mettons de la bonne volonté, en nous disant qu'en protestant ainsi avec son corps, elle fait l'expérience de la fatigue, et qu'il est bon de ne pas la couper de ses sensations... Mais Louiselle est dans l'ensemble une bonne dormeuse, et nous, nous avons appris à accepter que nous n'avions pas la science infuse...


C'est peut-être cela, le vrai revers de lliberté motrice de l'enfant :  le renoncement de l'adulte à sa volonté de contrôle. Accorder la liberté motrice à son enfant, c'est apprendre doucement à abandonner une relation basée sur la domination, à faire véritablement confiance à l'enfant, à son rythme de développement propre. C'est intégrer petit à petit que les apprentissages de notre enfant se font en leur temps, harmonieusement, et d'autant plus si notre attente est sereine - et discrète.


Si je pouvais témoigner, et dire à quel point je suis convaincue de ce que la liberté motrice apporte à mes enfants ! Leur schéma corporel se construit avec une précision ahurissante, ils ne se sont jamais cogné sur les angles de la table basse (pourtant très à portée), ne se sont jamais coincé les doigts dans les portes (la passion de Louiselle en ce moment : pousser les battants de porte...), se faufilent sous (ou se hissent sur) les tables et les chaises avec une grande agilité. Ils ne se placent jamais d'eux-mêmes dans des postures dangereuses qui les mettraient en danger et ont une conscience fine de leurs possiblités. Face à un problème ("Comment sortir de mon lit alors que ces roublards de parents l'ont enserré de coussins ?"), ils l'affrontent avec logique et créativité. Leurs ressources sont en eux-mêmes, dans leurs gestes et toute cette intériorité qu'ils savent exploiter à présent.

Voici pour terminer une petite vidéo sur le sujet. Un grand merci à Chloé pour ce lien dans son commentaire à cet article ! Je vous encourage vivement à la regarder, c'est un grand bonheur. Et cette bougeothèque ! Quel lieu exceptionnel, pour son équipement de rêve, oui, mais aussi pour ce regard et ces mots des adultes encadrants sur les acquisitions motrices des enfants !! Cette capacité d'émerveillement qu'ont ces femmes, cette finesse dans l'observation ! Voilà qui m'a regonflée à bloc, je dois dire... Avez-vous vu cette séquence où un petit crapahuteur évolue sur une poutre à quatre pattes ? À un moment, sa mère le touche parce qu'elle le trouve trop près du bord. L'enfant descend de la poutre et cesse immédatiement ses explorations. Et oui, la non-intervention est vraiment quelque chose de difficile à respecter ! C'est une attention de chaque instant... Je m'efforce souvent d'imaginer que mes enfants, lorsqu'il sont en pleine action, sont dans une bulle infranchissable : cela m'aide pour ne pas "empiéter" sur leur sphère corporelle, ne pas leur prendre un objet des mains, ne pas rectifier leur posture...

Vraiment, regardez ce petit film ! Et faites circuler ! ;-)


(*) : Louiselle, elle, ne va chez le médecin que si nécessaire, et pour les visites obligatoires. Et ai-je besoin de préciser que nous avons changé de pédiatre depuis ça ?

17 commentaires:

  1. Merci encore pour cet article/tranche de vie qui porte à la réflexion. Je suis heureuse de vous avoir retrouvé car je ne comprenais pourquoi je ne trouvais plus vos post sur le blog où je vous suivais habituellement. Du coup je suis inscrite par mail à votre blog au moins je ne vous perdrais plus de clavier ! Bonne continuation. Caroline

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  2. Je suis désolée, Caroline, je n'ai pu prévenir que les lecteurs dont j'avais le mail...
    Un grand merci pour votre fidélité, en tous cas !! ;-)
    Et rassurez-vous, je ne suis pas prête de vous filer entre les doigts à nouveau !!
    Très bonne journée !

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    1. Il n'y a pas à être désolée je n'étais pas inscrite au site, tout est bien qui fini bien de toute façon !
      Très bonne journée à vous aussi.

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  3. Merci pour la vidéo très intéressante ! J'en profite pour donner des nouvelles du lit au sol de ma Violette: et bien elle n'en tombe jamais (il est entouré de coussins au-dessus desquels elle pourrait passer). Par contre, si la nuit elle en sort un peu, et bien elle crie. Les nuits sont encore fort entrecoupées (4 à 5 réveils par nuit). Peut-être que plus de liberté motrice est une solution parmi d'autres... ;)

    A ce sujet, Violette adore être debout, position qu'elle prend toujours à partir de mes genoux ou du coup de mes bras car quand elle "râle" trop assise sur mes genoux je l'y mets debout... Ou elle se laisse glisser de mes genoux pour aller par terre en tenant mes bras pour rester debout. Mais du coup nous sommes un peu "coincées" dans cette habitude que j'aimerais bien arrêter.
    Au niveau de la fierté c'est impressionnant, ce midi je mangeais chez un ami et elle était dans la pièce adjacente, il n'y avait (chance!) rien de dangereux dans son périmètre, mais je ne la voyais pas vraiment. Quel regarde de fierté quand elle est arrivée dans mon champ de vision ! Je parviens heureusement à ne pas craindre les coins et tout ça, par contre dur dur de garder toujours sa maison "assez propre" pour un petit bout, entre le coin chaussures, la cuisine etc.. etc..

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  4. Bonjour Fanny !
    Louiselle non plus n'est jamais tombée de son lit...

    Je suis désolée pour toi que les nuits soient encore si chaotiques !! Allaites-tu ?

    Oh, oui, garder le sol bien propre n'est pas toujours facile. Dans cet appartement, nous avons plutôt de la chance : s'il s'empoussière facilement, il a toujours l'air propre à condition que nous passions un bon coup d'aspi par jour... J'ai bien "a l'air", hein ? ;-)
    Le gros problème, c'est la cuisine, d'une part le sol carrelé est glacé, d'autre part il est VRAIMENT sale (je ne suis pas une maniaque de la serpillière et après les repas des enfants, aïe, aïe...).
    Du coup, quand Louiselle y entre (pour nous y rejoindre), elle doit aller dans sa chaise, c'est la règle ! Même Antonin le lui rappelle : "DANS TA CHAISE !!" ;-)

    Bonne continuation à ta petite famille !! ;-)

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  5. Le plus dur c'est d'arriver à ne pas trop intervenir, c'est frustrant, on a pourtant bien envie de l'aider à l'attraper ce jouet ! ;-)

    Ma fille a 2,5 mois et on va tenter un passage sur un matelas par terre. On pensait essayer avec le matelas à même le sol, quelqu'un utilise ça ou il vaut mieux un petit lit prévu pour ? Je suis loin d'être une maniaque du ménage :-) mais je suppose que je vais devoir passer un coup d'aspi plus souvent dans sa chambre...

    Et pour ceux qui on un lit au sol sans chauffage au sol, au niveau de la température l'hiver ça ne pose pas de problème (courant d'air...) ?

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    1. Coucou Chloé ! ;-)
      Pour le lit au sol, tu as plusieurs options : un matelas assez grand (ou même un futon, moins épais en cas de "chute"), ou un petit lit Wesco qui a l'avantage d'avoir des rebords, mais qui nécessite un matelas pour bébé "classique" (ça fait de l'usage quand même, jusqu'à 4 - 5 ans, je dirais).

      Si tu as peur des courants d'air, teste-le ! ;-) Tu trouveras l'endroit idéal en t'allongeant un moment dessus. Les jours de grand froid, Louiselle dort carrément sur sa peau de mouton (posé sur son matelas dans son lit), c'est très isolant ! Ici, les pièces sont chauffées à 18°C, et il n'y a aucun problème : mes enfants sont toujours bien tièdes en se réveillant ! ;-D

      Tiens-nous au courant !

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    2. Ambroise (22 mois) est au sol depuis l'âge de 9 10 mois je crois... après quelques tâtonnement, ce qui a été le mieux c'est un matelas en 90 collé au mur avec le matelas du lit de bébé comme "mur" de l'autre côté, tenu droit avec un petit meuble... du coup, s'il bougeait il ne pouvait pas tomber... Par contre il pouvait sans problème sortir par le fond puisque le petit matelas ne fait qu'1m20 de long...

      Et j'ai enlever le petit matelas vers 18mois...

      En plus c'est très pratique pour quand on va dormir à l'extérieur, il se reconnait de suite dans un lit en 90cm... donc pas de lit à transporter... juste sa peau d'agneau sur laquelle il dort depuis sa naissance... et qui bien sur va avec lui à la crèche... (je précise juste qu'en été avec de grosse chaleur il ne dort pas dessus)

      Chambre à 18°, pas de courant d'air dans le lit et puis il est bien protégé par la couette...

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    3. Merci beaucoup pour vos réponses !

      On a mis son matelas de 90 sur un tapis de sol un peu isolant, au niveau de la température ça va bien.

      La première nuit s'est passée "normalement", il faisait noir et elle dormait déjà à moitié donc elle ne s'est rendu compte de rien :-)
      Par contre les siestes le lendemain on été compliquées, elle ne voulait pas dormir, elle était épuisée mais observait sans fin son nouvel horizon (on ne l'a pas changée d’endroit juste de hauteur). Dans son berceau elle ne voyait pas grand chose juste le plafond de sa mezzanine assez prêt d'elle donc elle a du être perturbée par tant d'espace et de choses à découvrir.

      En l’habituant à son nouvel environnement dans mes bras elle a fini par s'endormir et aujourd'hui plus de problème, elle observe encore calmement son nouvel espace mais fini par s'endormir toute seule assez rapidement.

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    4. Ah, c'est chouette ! J'imagine cette petite de deux mois et demi qui découvre son environnement avec tant d'éveil... Merci pour ce retour, Chloé, ça me fait plaisir !! Et je pense qu'effectivement, elle va s'y faire très vite (c'est même apparemment déjà fait).
      Nous avons installé Antonin sur un lit au sol lorsqu'il s'est mis à descendre seul de son lit à barreaux. Il avait 20 mois. Ça a été assez difficile... :-D
      Rien à voir avec Louiselle qui y est habituée depuis qu'elle a l'âge de ta fille !!

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  6. Ici j'ai pris le sommier de son lit à barreaux et j'ai posé le matelas dessus, pour qu'il ne prenne pas l'humidité, et elle dort sur sa peau de mouton aussi.

    Elsa, oui je l'allaite, à la demande journée et nuit, mais bientôt 9 mois sans nuit complète (ou juste 6h d'affilée) ça devient dur. Je cherche les solutions tout doucement =)

    Mais elle va déjà "dans sa chaise", ou tu l'y emmènes ?

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    1. Fanny, j'ai aussi un p'tit loup que j'allaite et qui ne fait pas encore tout a fait ses nuits à 9 mois... Je partage! c'est épuisant! Il y a quand même eu du mieux quand on a décidé assez unilaterallement que la nuit il n'était plus question de manger toutes les 3h... (si tu vois ce que je veux dire...) Il a fallu la pleine participation du papa mais on a quand même vu un mieux! Bon courage en tout cas...

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    2. je vous répond aussi, Ambroise est allaité encore matin, goûter et soir... on a stopper la nuit (entre 20h30 et 6h du matin) parce que je n'en pouvait plus... j'ai un texte intéressant de Gordon (Elsa dit moi comment le faire passer...) sur comment en douceur faire passer les réveils de nuits...

      je ne dit pas que c'est miraculeux, Ambroise se réveille encore MAIS ne tête plus... avec le secret espoir qu'il finisse par ne plus se réveiller... il nous fait 1 nuit complète sur 6-8 je dirai...

      Courage et comme je le dit à toutes les mamans allaitantes au long cours... BRAVO !!!

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    3. Bonjour Poppy !
      Euh... Et bien si tu veux faire passer ton texte, envoie-le moi par mail et je le publierai ? Ou as-tu une autre idée de diffusion à laquelle je puisse participer ??
      Bon courage à toi aussi et merci pour ton témoignage !
      Et oui, bravo aux Mamans allaitantes au long cours (vous connaissez pô votre chance, pfff, et d'abord moi, je n'allaite pas, et mon deux-zans me réveille quand même toutes les nuits, alors, qu'est-ce que j'y gagne ??) :-D

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    4. Bien reçu, Poppy ! J'ai transmis l'article à Fanny !
      Merci pour ton investissement, ça fait plaisir ! ;-)

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    5. De rien...

      ce texte m'a bien aidé et je sais combien les manques de sommeil peuvent être ravageur sur notre façon de nous occuper des enfants...

      Suis ravie de le partager ;-)

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  7. Non, je l'y emmène, je l'y porte ! Mais disons qu'elle sait à quoi s'attendre, je crois, quand elle franchit le seuil de la cuisine...
    Je donnais juste cet exemple pour montrer que parfois, on est bien obligé de mettre des limites à la liberté motrice... :(

    Bon courage pour les nuits, ce n'est vraiment pas simple, cette histoire...

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